‹ a Opera do povo

avant propos

J’ai la chance de faire partie des chorégraphes de la région Rhône-Alpes entretenant un lien régulier avec le Défilé de la Biennale de la danse de Lyon depuis sa première édition en 1996. Que ce soit avec les villes de Grenoble, St-Priest, Villeurbanne ou Annemasse et le Grand Genève en 2012, j’ai toujours œuvré afin que cet évènement populaire soit un moment fort de partage et de rencontre autour de la danse.

Pour ce prochain Défilé de la Biennale en 2014, Dominique Hervieu et son équipe ont choisi de faire de cette dixième édition un anniversaire, une grande fête, une célébration à la folie, au jeu, à l’extravagance, à l’inventivité, une occasion aussi de « revenir aux sources et aux premières influences du côté de Rio en «carnavalisant» la vie, … créer du merveilleux, du poétique à partir de la simplicité et des objets de tous les jours. »

Comme le Carnaval de Rio, la force du Défilé de la Biennale de la danse réside dans sa capacité à rassembler des « mondes » différents, favoriser la rencontre entre professionnels et amateurs, renforcer l’interculturalité, l’épanouissement collectif et individuel à travers un projet fort et porteur de sens. Se croiser, se trouver ou se retrouver le temps d’une danse, ensemble !

Pour que cette 10ème édition anniversaire soit un hommage au Carnaval de Rio, je centrerai mon propos autour de l’expression brésilienne « cabra da peste », expression très populaire employée dans le Nordeste du Brésil, Récife, Fortaleza, Joao Pessoa… et plus particulièrement dans les régions les plus éloignées des centres urbains.

Le mot « cabra » utilisé par les portugais dans le Nordeste du Brésil, du temps de la colonisation, était un terme employé pour signifier quelque chose de mal, de dangereux ou porteur de douleur, en résumé quelque chose de négatif. Par extension, l’expression « cabra da peste » désignait l’individu mauvais, effrayant, froid et cruel.

Puis au fil du temps, le sens de « cabra da peste » évolue et se renverse pour aujourd’hui qualifier un individu fort, admiré pour sa valeur, son courage, sa vertu et sa générosité.

Ainsi, lorsqu’une personne ou un groupe de gens arrivent à unir leurs forces pour accomplir une belle action ou un exploit, on dira de cette personne ou de ce groupe qu’il est « cabra da peste ». Cette formule recouvre donc une notion de courage et qualifie une certaine conception du « bien être ensemble ». Comme pour rappeler, tel un leitmotiv, qu’ensemble nous serons plus solides et plus forts.

Ramené à l’échelle du monde, A Opera Do Povo se veut un espace de croisement, un carrefour, une place où les groupes, les gens viendraient pour se raconter et se dire aux autres, au monde ! Construire à partir de gestes, chacun d’eux étant une contribution pour inventer, créer, rêver ensemble…

Bouba Landrille Tchouda