Le corps dans la programmation de Château Rouge

11 septembre 2017 dans En couliss'o Chatô par

Quelle danse ? Et quelle mise en espace des corps ? Au travers d’une programmation, c’est autant de facettes et de regards qui se portent sur les corps. Faisons un tour d’horizon des différentes propositions chorégraphiques présentées sur la scène de Château Rouge durant la saison 16/17. 

Cornellier

Dans la boîte noire du théâtre, Christian Rizzo en convoque une autre : celle de la discothèque, où des corps dansant du soir ondulent sous les sons électroniques. Un éparpillement de rayons de lumière découpe les gestes déhanchés et virevoltés des danseurs. Les corps tournent, forment des duos, trios qui se font et se défont dans une précision rythmique implacable. On retrouve cette énergie chorégraphique chez Louise Lecavallier qui exploite les entrechocs et les confrontations de deux corps dans son œuvre Mille Batailles. Dans une danse graphique, énergique Louise Lecavallier se désarticule et se déchaîne. Rythme saccadé de pulsations ; le corps devient secousses et tremblements. Il se dégage de ces deux pièces une atmosphère métallique à tendance hypnotique au sein duquel les qualités gestuelles s’éloignent de toutes prouesses techniques mais développent un travail autour de mouvements minimalistes basés sur une correspondance musicale.

 

Georges RidelAutre épopée des corps que celle livrée par les spectacles de cirque qui sont venus se succéder à Château Rouge : Halka par la Compagnie acrobatique de Tanger, 5èmes Hurlants de Raphaëlle Boitel et bientôt No More de la Compagnie la Tournoyante Interprétation. Corps acrobatiques, intangibles, façonnés par leur pratique ; ils brillent d’agilité et de dextérité. Proche de la démesure, le cirque discipline de fer, exceptionnellement technique, défie les lois de notre nature gravitaire. Les corps se détachent de la terre, flirtent avec les airs. Ils sont exubérants dans leur facilité à se laisser envelopper par l’air.

Dans cette perspective, très technique, Opus 14 de Kader Attou allie la puissance du hip-hop à une écriture très rigoureuse de la danse. Seize danseurs font apparaître une masse énergique de corps apportant une sensation prégnante de danse collective. On retrouve cette dimension, et notamment la perspective athlétique avec la Compagnie Grenade dirigée par Josette Baiz. Ici, il s’agit de jeunes danseurs qui depuis leur plus jeune âge suivent l’enseignement chorégraphique de Josette Baiz. La danse révèle ici toute sa minutie dans la précision des gestes exécutés par les danseurs. Les corps explosent de dynamisme et de rigueur…

D’un autre côté, La Compagnie La Vouivre en résidence à Château Rouge déploie une écriture chorégraphique plus ronde et fluide faite de suspensions, de relâchés. La pièce Feu révèle un contraste des dynamiques et laisse à voir une danse tout en nuances.  Avec La Belle, la compagnie revisite un conte et moule les corps d’onirisme et de magie.

Cie FilamentEt puis il y a les corps qui invitent au souvenir, ceux qu’on pourrait nommer les corps historiques. Prenons Julien Ficely et sa création Souvenir d’un Faune qui remet en scène des bribes de l’Après-midi d’un Faune de Nijinski dansé par les Ballets Russes. Dans une mise en scène contemporaine, il ré-exploite la thématique d’un ballet du XIXème siècle qui a provoqué un tournant dans l’histoire de la danse. La pièce de Julien Ficely s’affiche comme une citation du passé chorégraphique  en convoquant des gestes, des positions qui font échos à une pièce antérieure. Josette Baiz, dans Welcome, revisite elle aussi le travail de six chorégraphes en proposant une mosaïque d’identités chorégraphiques reflet de la diversité de la création contemporaine chorégraphique.

Ce sont donc des corps pluriels façonnés par des écritures chorégraphiques singulières qui ont sillonnés durant un an la scène de Château Rouge. La création en danse s’immerge des différentes possibilités de la discipline et manifeste ainsi d’un travail fécond des chorégraphes qui se nourrissent des capacités du corps mouvant.