Benevolus Castel Rubeus

12 octobre 2016 dans En couliss'o Chatô par

Benevolus : bonne volonté. Étymologiquement, ces 2 mots résument l’apport de ces petites mains qui prennent sur leur temps personnel pour participer au fonctionnement des associations. Ils sont plus d’une centaine à apporter leur bonne humeur. Qui sont-ils ? D’où viennent-ils ? C’est au travers d’une immersion en plein milieu socio-culturel, lors d’une chaude après-midi de printemps où vient le temps des barbecues qu’à lieu le repas de fin de saison avec les bénévoles et l’équipe de Château Rouge. A cette occasion, nous allons tenter de découvrir ce qui se cache derrière ces personnes anonymes.

La première impression frappe. Ils ont de 18 à 80 ans, hommes et femmes, employés, retraités, chômeurs, parents, enfants. Claude, qui nous vient d’Autriche, est présent depuis 1994. Déjà bénévole à la MJC centre, qui gerait les musiques actuelles en ce temps là, il se souvient des plateaux rock dont la furie musicale était plus frénétique à l’époque. Il pense que Madonna aimerait ce lieu et ne comprend pas qu’elle ne veuille pas venir faire un concert, alors que lui vient gratuitement.

Certains forment un petit groupe d’instituteurs/professeurs, autour de 35 ans, qui sont dans la continuité historique de la création de Château Rouge. En effet, ce lieu est l’émanation de quelques professeurs têtus férus de culture qui par leur volonté ont permis la création d’un centre culturel à Annemasse au début des années 80. Lætitia, institutrice, côtoie CR depuis 9 ans maintenant. Son terrain de prédilection, c’est le bar. Elle remercie le bénévolat qui lui a permis d’être du bon côté du comptoir.

Ils sont arrivés là grâce à des colocataires ou des amis. C’est au détour d’un café après une discussion qui pourrait être : « Je m’ennuie chez moi le soir » que la décision se prend. Cyril est reproducteur dans la vie. Il nous explique qu’il est venu en voiture, par le bouche oreille et pour le plaisir, sans pouvoir concilier les 3. « Encore queue… » dit-il. A ses mots, je ne m’étonne plus de sa profession.

Guillaume, le programmateur musical de la structure use d’une belle métaphore pour expliquer qui ils sont : « Ils sont le sang qui coule dans les veines de Château Rouge ». Point de ralliement pour les néo-arrivants, nombreux dans la région, cet acte leur permet d’avoir un rôle important pour la ville. Cédric, technicien son, estime qu’ils ne sont pas assez payés en bisous et en câlins.

Nombreux sont ceux qui viennent pour rencontrer du monde et boire des bières comme Thomas, Aurélien, et Jean passe tant ils sont beaucoup. « Salut Fred », c’est par cette contrepèterie que nous accueillons Frédéric, le directeur. Il qualifie le rapport entre la structure et les bénévoles comme indispensable. Il salue cet engagement politique et citoyen, financièrement désintéressé, et félicite ces personnes qui sont les constructeurs d’une société détruite.

On a l’impression de se trouver dans un endroit paradisiaque. Mais je sens que certains ne peuvent s’exprimer librement. Ont-ils étés briefés ? Parlent-ils sous la menace ? Roland, lui, n’a pas sa langue dans sa poche. Ordonné spécialiste de la vaisselle, il trouve que cela lui apporte beaucoup de fatigue. Mais au moins il voit du monde, contrairement à chez lui où il ne voit personne. Jean, alors qu’il a oublié de prendre ses cachets pour la mémoire, accepte de témoigner anonymement et nous raconte la journée type du bénévole. Je vous retranscris son témoignage poignant avec ses mots : «  Je commence par aller chercher des cubis mais ce n’est pas tous les jours, ce qui prouve que la consommation d’alcool n’est pas si importante ». « Pour cela je dois prendre le diable pour y aller. » « Le diable Vauvert ? » « Non, le rouge qui est dans la remise. Ensuite je met mon tablier bleu alors que des rouges seraient plus classes. Ensuite je fais les sandwichs. Pour le poulet mayo, je récupère les filets de poulets cuits par Gilles (le chef cuisinier). Il faut les couper en petits dés, s’ils sont trop gros, ça rentre moins facilement. Je n’aime pas fourrer des gros morceaux.» Édifiant…

Lilian, responsable sécurité incendie, un beau 3/4 aile comme ils savent les faire dans le sud-ouest salue, en tant que connaisseur, la qualité de la cuisine à laquelle les bénévoles contribuent, bien qu’il leur reproche de ne pas amener assez de copines. Toujours plus loin dans l’humour, l’administratrice encense « les formidables relais » que sont ces acteurs bienfaiteurs des salles de spectacle. « Ils s’apportent eux en premier. C’est leur implication qui participe au grand dynamisme de Château Rouge. Tout le monde est bienvenu, il n’y a pas de critères physiques à l’embauche des bénévoles.»

Raphaël, responsable du bar, qualifie sa relation avec eux de « très intime ; sans eux, il me serait impossible de servir mille personnes les soirs d’affluence ». Gilles, le cuisinier, les trouve « supers, malgré une tentative avortée de relation sexuelle avec un moustachu ». Violaine, salariée de l’endroit, passée par d’autres salles remarque qu’ils contribuent à la convivialité du lieu, plus importante grâce aux bénévoles. Simon, dont Château Rouge est la plus longue relation amoureuse, se rappelle d’une fin de soirée avec Claude Nougaro qui lui a dit « si le feu en vaut la chandelle je rame, si le feu en vaut la chandelle, je rame je rame encore » à 2h du mat’ en l’étreignant par l’épaule.

Alfred, vice-président, s’émeut de l’apport des bénévoles qui contribuent à faire de Château Rouge une « maison ». C’est vrai qu’ils apportent cette chaleur indissociable des ambiances culturelles. Tous ces visages différents, ces parcours parfois opposés. Pour certains, Château Rouge apporte le lien social qui est plus difficile à créer quand on évolue pas dans une équipe. Ce sont eux les acteurs bienfaiteurs anonymes qui permettent à tous, public, salariés, de profiter pleinement des soirées culturelles, indispensables à la créativité, à l’émotion, à la rêverie. Château Rouge les accueille un temps, fois court, parfois long, pour qu’ils puissent finalement bénévoler de leurs propres ailes.